HOME
 
home
politik
arte  film
theater
musique
beaux arts
literature
forum
archiv
links
contact
impressum

 

Europa Revue
d’actualité politique, littéraire et artistique

Auteurs et artistes présents

Edward Bond (Cambridge), Dieter Borchmeyer (München), Ralph Buchenhorst (Buenos Aires), Marica Brodožić (Berlin – Kroatien), Antoine de Baecque (Libération Paris), Jean-Luc Godard (Genève – Paris), Jean Jourdheuil (Paris), Timo Linke (Berlin – Paris), Sandra Meisel (Berlin – New York), Heiner Müller († Berlin), Herbert Neidhöfer (Berlin), Richard Peduzzi (Rome), Selim Rauer (Berlin – Paris), Olivier Roller (Paris), Raoul Ruiz (Puerto Montt – Paris), Stefanie Stallschus (Köln), Bernd Ternes (Köln), Roberto Terrosi (Roma), Hans Peter Weber (Berlin)


EDITORIAL

Par Selim Rauer

Si l’Europe politique reste à la fois dans un devenir incertain et en évolution constante, semblable à un espace de trébuchement et de reconstruction, d’espoirs et de désillusions permanentes, elle n’en est pas moins une réalité identitaire, culturelle, historique: celle de plusieurs vies, de plusieurs nations, de plusieurs langues dans leur passé, dans notre présent, et dans notre avenir. L’Humanisme et les Lumières ont posé au XVIème et au XVIIIème Siècles les bases d’un idéal à la fois philosophique, politique et culturel qui semble être hétérogène à la réalité économique, et sociale de notre époque. Ces deux périodes de l’histoire et de la pensée occidentale ont posé pour l’un dans l’idéal esthétique et philosophique de l’antiquité, pour l’autre dans la modernisation des structures étatiques, sociales, scientifiques et culturelles, les bases d’un renouveau, d’un regard de l’intérieur vers l’extérieur, qui ont mis l’homme et les valeurs humaines au-dessus de tout, mais aussi qui ont permis à différentes individualités et courants de s’ouvrir, de communiquer, de créer.

Notre société néo-libérale, ce phénomène de globalisation, tel que nous le connaissons aujourd’hui, imposent à la fois un modèle économique comme une force centrifuge attirant en son centre différents cercles devenant concentriques et déterminés par ces lois de marché. Nous confondons aujourd’hui art et culture, la connaissance avec la reconnaissance et le pouvoir. La pensée est rendue unilatérale, politiquement correcte, mesurable selon les valeurs culturelles et politiques justement de références. La contestation a trouvé au sein de cette réalité une place adéquate, pour ainsi dire conservatrice, en même temps que les idéaux politiques et socioculturelles des générations passées semblent avoir disparues. Les enfants nés après 1968 dans nos sociétés occidentales, ont tous fait l’expérience de la perte de références et d’idoles sur lesquelles les générations passées avaient fondées après guerre leurs espoirs et leur travail. Il fallut à différentes générations reconstruire une Europe à partir de cendres et de ruines (et ceci à la fois dans un sens propre et figuré): la première, celle qui connut la guerre et l’une des parties les plus sombre de notre histoire ; la seconde, celle qui, née pendant ou juste après la guerre, a grandi dans les attentes et les espoirs d’un monde nouveau, d’un renouveau économique, tout en s’étant rebellée contre les substrats d’une Europe néo-conservatrice, faisant à la fois les premières expériences du post-colonialisme, en même temps que deux autres réalités politiques et économiques léviatiques incarnées par les Etats-Unis d’un côté, et un modèle socialiste autoritaire de l’autre, étaient en train de s’affronter. L’époque et la génération de1968 ont fait leur temps, en même temps qu’elles ont modernisé et ouverte nos consciences à une modernité, à une libéralisation des mœurs et d’une pensée, qui aujourd’hui ont intégrées les domaines du bien-pensant. Elles ont intégré l’establishment, une certaine forme de conservatisme en ayant été récupéré par ces ennemis tant décriés: le libéralisme, la bourgeoisie, le leadership. Le socialisme de cette époque, tout comme l’humanisme communiste ont acquis aujourd’hui, pour bon nombre de ceux appartenant aux générations qui ont succédé une certaine forme de romantisme cristallisé dans nos consciences collectives et dans notre dans histoire. Et après? Nous avons continué de vivre sur ce merveilleux héritage, semblable à un nouveau né, qui n’était peut-être qu’un mort né qu’il était nécessaire de caché pour maintenir l’espoir, peut-être jusqu’au cynisme. Ceux qui sont nés à la fin des années 60 et durant les années 70 ont découvert que faute de pouvoir s’attacher à un idéal et à une conscience sociale politisée, qu’il leur était possible sur un mode plus individualiste, mais peut-être aussi plus social à la fois, de faire un retour dans la sphère du privé, de substitués des choix et une conscience personnelle ouverte au monde et aux autres à un idéal collectif. Cette Europe là, ayant fait l’expérience de succès et de désillusions multiples, est aujourd’hui plus unie dans ses différences et ses pluralités, dans ses différents mouvements et expériences, qu’elle ne l’a jamais été, parce qu’elle fait la découverte d’un terrain neutre, désillusionné, dépourvu de tout déterminisme structurel, de toute palabre ou slogans souvent traîtres et trompeurs, corruptibles, que cela soit dans le socialisme (-démocratique) ou dans le libéralisme conservateur. Ce retour dans la sphère du privé réclame plus d’attention, mais aussi un plus grand souci de l’autre et du monde dans lequel nous vivons. Une revue telle que celle-ci veut être le témoignage de cette pluralité, de ces différents courants et opinions, une plateforme où ces individualismes seraient en mesure de se rencontrer, de communiquer, d’enrichir ce débat culturel, politique et social qui se fait dans nos vies et dans nos sociétés au quotidien.

Nommé une revue telle que celle-ci Europa n’a rien à voir avec une idéalisation de nos identités européennes, ni même de laissé sous-entendre une opposition naïve avec une prétendue hégémonie culturelle et économique transatlantique, qui fait elle aussi part de cette identité et réalité européenne. Nous voulons donner un espace de débat, d’écriture qui ne soit pas un espace de production, mais de création, avec, pour se faire, le moins de contrainte d’espace et de ton possible, en donnant à des auteurs, artistes, et intervenants des différents domaines de la pensée, des arts et de la culture, la possibilité de s’exprimer sur des thèmes qu’ils souhaitent véritablement développer et faire partager, en même temps que nous serons soucieux de présenter des mots, des regards, des gestes qui nous semblent justes et beaux, que nous tenons à faire partager. Nous attacherons toujours une grande importance à la qualité des textes qui seront publiés ici, et seront soucieux d’amener des lecteurs et des auteurs à se rencontrer et à discuter. Ces textes seront publiés dans leur langue originale par des intervenants de différentes cultures et géographies européennes, mais aussi progressivement proposés dans une ou plusieurs traductions si possible, amenant ainsi des gens de langues et d’horizons différents à pouvoir s’entendre, communiquer et débattre. Nous attacherons une importance particulière à faire découvrir de nouvelles écritures, mais aussi à amener des générations différentes à s’exprimer sur des thèmes de leur choix, et par la même à se rencontrer. Entretiens, textes de débat, de critique, mais aussi d’actualité politique, littéraire, philosophique et artistique (Cinéma, Arts vivants et Art plastiques seront particulièrement représentés ici) seront disponibles et publiés sur ce site par des intervenants de toute l’Europe, mais nous l’espérons aussi à l’avenir d’ailleurs. Il sera possible à tout lecteur qui le souhaitera de réagir et de s’adresser par le biais de notre adresse Email
(debat@europa-revue.com) aux différents auteurs de la revue, qui s’efforceront de répondre à vos questions et critiques. Un forum est de même présent au sein du site de cette revue: il vous est dédié et vous permettra d´établir un dialogue avec notre rédaction, mais aussi d´intervenir directement dans cette revue. Vos réactions seront publiées sur ce site. Nous nourrissons l’espoir, dépendant de votre soutien, de votre intérêt et de votre enthousiasme, comme du nôtre, de publier cette revue avec un éditeur. Pour cette raison, pour tous ceux qui seront intéressé et qui en aurons le désir, nous ouvrirons des souscriptions et des bulletins de commande, bientôt disponible sur ce site.

Nous voulons défendre une absence de dogmatisme, nous avons le désir de refléter des réalités nouvelles et différentes qui ne trouvent pas toujours ailleurs la place qu’elles mériteraient, d’accentuer cette conscience européenne qui n’est pas limitée dans sa géographie et dans sa pluralité à cette Europe institutionnelle, mais au contraire symbolique, ouverte au monde, à différentes langues et cultures, à un certain idéal, d’une volonté d’ouverture vers l’extérieur : reflétant cet humanisme et ces lumières, ce processus créatif, non dans notre passé ou dans notre histoire, mais aujourd’hui, dans notre avenir, dans ce que nous espérons, et cherchons à bâtir.

© Europa Revue 2006

top